Lâcher-prise

La tentation a été très forte en moi de faire une bonne blague pour l’écriture de cet article. J’aurais aimé avoir l’audace d’écrire simplement : JE LÂCHE PRISE ET JE N’ÉCRIS PAS D’ARTICLE POUR CETTE ÉDITION DE L’AUTOMNE, car je suis dans des travaux de rénovation et je n’ai pas envie d’être disciplinée et de faire l’effort de … Mais la partie en moi, que j’appelle tendrement « Miss Devoir » n’a pas été capable de lâcher-prise sur ses exigences d’écrire un article à chaque parution. Alors, vous avez la preuve, en toute humilité, que je vous offre un article sur un sujet que je ne suis pas capable d’appliquer à 100%. D’ailleurs, qui est capable de lâcher prise en toute situation ? Lancez-moi la première pierre.

LÂCHER PRISE ! Deux petits mots qui deviennent bien interpellant quand on prend le temps de s’attarder à leur sens. PRISE : Ce à quoi on s’est accroché, qu’on s’agrippe. Qu’on tient de toutes nos forces. C’est notre prise ! On a la certitude qu’elle nous appartient. Qu’elle relève de notre pouvoir. On l’a « prise ». Elle est à nous. On la contrôle et elle nous permet de nous sentir en contrôle. LÂCHER : Renoncer. Perdre. Desserrer. Délaisser. Ne plus tenir, ni retenir. Rendre moins serré, moins tendu. Juste avec ce petit détour linguistique, on comprend bien que lâcher prise, c’est loin d’être facile. En fait, spontanément, c’est bien la dernière chose que l’on veut, perdre ce que l’on a gagné si chèrement, avec tant d’efforts et de sacrifices (nos croyances, nos valeurs, notre image de nous-mêmes, notre santé, nos rêves, nos loisirs, notre qualité de vie, notre situation financière, notre carrière, notre relation de couple, nos enfants, nos amis-amies, nos biens matériels, le chien, le chat et le poisson rouge …). On a acquis et conquis tout cela à force de luttes et à la sueur de notre front. On ne veut surtout rien perdre.

Tant mieux si la vie nous laisse jouir de tout ce que l’on a acquis et qui nous tient à cœur. Mais vous et moi, nous savons très bien que la vie ne se déroule pas toujours exactement comme on le voudrait. Qu’elle est parsemée d’imprévus, d’obstacles et d’épreuves. C’est lors de ces moments de contrariété, qui vont invariablement se pointer le bout du nez au cours de notre existence, qu’il faut savoir relativiser et remettre en question notre volonté de tout contrôler et de vouloir tout réussir. À trop vouloir, à s’accrocher, à s’entêter, on risque de perdre encore plus et même de se perdre soi-même.

Je m’explique. Parfois on a l’impression de bien mener sa vie. Que c’est nous le ou la capitaine à bord. Que les choses se passent exactement comme on le veut. Mais, et le MAIS est important, dans certaines situations, il arrive que c’est la vie qui nous mène, pour ne pas dire qui nous malmène.

C’est dans ces situations que notre discernement devient fondamental pour bien jauger quand il faut se battre, persévérer et foncer et quand il faut rendre les armes, renoncer, accepter pour ne pas entrer dans une lutte de pouvoir stérile de notre ego. Il en va de la fidélité à notre âme. L’expression populaire « choisir ses batailles », va, à mon avis, dans ce sens. C’est assurément la perspective de la prière de sérénité des Alcooliques Anonymes : « Mon Dieu. Donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne puis changer. Le courage de changer les choses que je peux. Et la sagesse d’en connaître la différence » Quelle prière pleine de justesse et de sagesse ! Elle ne passera jamais de mode. Le défi d’une vie riche et épanouie réside dans l’art de ce discernement. Discernement où aller au bout de Soi implique parfois des OUI et parfois des NON.

Lâcher-prise est un grand acte de confiance. Confiance qui permet d’accepter la réalité telle qu’elle est et non pas telle que l’on voudrait qu’elle soit. De quitter ses peurs, ses insécurités et ses mécanismes de protection pour faire un avec la vie. De quitter la longue liste de ses IL FAUT et des exigences qu’on s’impose pour se laisser guider par le mouvement de la vie. De moins résister et de plus accueillir ce qui est. Lâcher prise demande un travail en profondeur sur Soi. C’est dans l’intime de son être que ce processus se vit. Cela ne concerne personne d’autre. C’est de soi à Soi.

Lâcher-prise, c’est changer de regard afin de voir les choses autrement. C’est croire que la vie est belle et bonne malgré qu’elle ne se déroule pas exactement comme on le voudrait. C’est s’ouvrir à des possibles. C’est laisser la vie nous apprendre et nous surprendre. Lâcher prise, c’est redire cette prière : Que ta volonté soit faite – on peut même aller jusqu’à oser réciter – Que ta volonté soit fête ! Lâcher-prise, c’est faire le pari de la gratitude à chaque jour et de nourrir l’intuition que tout est parfait. Lâcher-prise, c’est oser rire dans l’adversité, c’est renoncer à vouloir gagner, c’est vivre avec plus de conscience, c’est bénir et apprécier l’instant présent. L’ultime lâcher-prise, c’est l’amour qui circule à nouveau, qui restaure … et qui pardonne !

À quels signes on peut reconnaître que l’on n’est pas dans le lâcher-prise ? Quand on résiste, qu’on est dans le contrôle ou le déni. Ces attitudes stériles occasionnent d’énormes pertes d’énergie, de l’épuisement et sont souvent source de fatigue chronique car on y dilapide une partie de notre vitalité.

À quels signes peut-on reconnaître que l’on a vraiment lâché prise ? C’est simple, un vrai lâcher-prise procure un profond sentiment de paix. Plus le relâchement est viscéral et profond, plus les bienfaits s’apparentent à un état de grâce. Tout notre Être respire et savoure sa liberté retrouvée.

P.S : Si vous voulez vivre une petite expérience kinesthésique de lâcher-prise, je vous invite à serrer très fort dans votre main un objet pendant 30 secondes. Puis relâchez la tension et déposez l’objet. Ensuite, ouvrez complètement votre main et sentez la différence pendant la prochaine minute.

Linda Léveillée